Le traitement de la sinusite sphénoïdale repose principalement sur une antibiothérapie prolongée de 10 à 21 jours associée à des corticoïdes, des lavages nasaux au sérum physiologique et des antalgiques. Cette sinusite est rare (2 à 3 % des sinusites), mais son diagnostic mérite une attention particulière car le sinus sphénoïdal se situe au centre du crâne, au voisinage immédiat de structures nobles (nerf optique, carotides, tronc cérébral). Les symptômes typiques sont des céphalées profondes rétro-orbitaires, vertex ou occipitales, aggravées par les mouvements de la tête, souvent associées à une fièvre modérée et à une rhinorrhée postérieure. Le diagnostic repose sur le scanner des sinus, l'endoscopie nasale simple étant insuffisante. En cas d'échec du traitement médical ou de complications, une chirurgie endoscopique par méatotomie sphénoïdale peut être nécessaire. Toute forme sévère ou compliquée constitue une urgence ORL et parfois neuro-ophtalmologique.
La sinusite sphénoïdale reste une pathologie mal connue, en partie parce qu'elle donne des symptômes peu spécifiques — surtout des maux de tête profonds — et parce qu'elle est plus rare que les sinusites frontales ou maxillaires. Elle mérite pourtant d'être identifiée rapidement, car sa localisation anatomique à proximité de structures vitales expose à des complications parfois graves si le traitement est retardé. Ce guide passe en revue les mécanismes de la maladie, les symptômes à reconnaître, le parcours diagnostique et les traitements disponibles, du médicament à la chirurgie.
Qu'est-ce que la sinusite sphénoïdale
Les sinus sont des cavités creusées dans les os du crâne, tapissées de muqueuse et communiquant avec les fosses nasales. On distingue quatre paires de sinus paranasaux : maxillaires (sous les joues), frontaux (au-dessus des sourcils), ethmoïdaux (entre les yeux) et sphénoïdaux, situés en profondeur, au centre de la base du crâne, en arrière des fosses nasales.
Le sinus sphénoïdal a la particularité d'être entouré de structures anatomiques majeures : nerfs optiques, artères carotides internes, sinus caverneux, hypophyse, tronc cérébral. Cette proximité explique la sévérité potentielle des complications d'une sinusite sphénoïdale.
La sinusite sphénoïdale correspond à une inflammation ou infection de la muqueuse de ce sinus. Elle est rare (environ 2 à 3 % des sinusites), souvent isolée ou associée à une ethmoïdite postérieure. Elle peut être aiguë (moins de 4 semaines) ou chronique (plus de 12 semaines).
Les symptômes à reconnaître
Contrairement à la sinusite maxillaire (douleur sous les yeux, aggravée en penchant la tête) ou frontale (douleur au-dessus des sourcils), la sinusite sphénoïdale donne des symptômes moins spécifiques, ce qui explique les retards fréquents de diagnostic.
Les céphalées, symptôme principal
Il s'agit d'une douleur profonde, permanente, mal localisée par le patient. Elle est le plus souvent ressentie :
- Derrière les yeux (rétro-orbitaire)
- Au sommet du crâne (vertex)
- À l'arrière de la tête (occipitale)
- Parfois irradiée dans le cou ou vers l'oreille
La douleur s'accentue typiquement en position penchée en avant, en toussant, en éternuant ou au réveil. Elle est souvent résistante aux antalgiques usuels et s'aggrave progressivement.
Les signes rhinologiques
- Rhinorrhée postérieure — écoulement nasal qui coule dans la gorge plutôt que par le nez (« jetage postérieur »)
- Obstruction nasale
- Trouble de l'odorat (hyposmie ou anosmie)
- Mauvaise haleine
- Toux irritative, plus marquée en position allongée
Les signes généraux
- Fièvre modérée (38-38,5 °C), pas toujours présente
- Fatigue, sensation de malaise
- Frissons dans les formes aiguës
Les signes qui doivent alerter
Céphalée intense d'apparition brutale, troubles visuels (vision floue, vision double, baisse de la vue), œdème péri-oculaire, paralysie faciale, raideur de la nuque, fièvre élevée, confusion ou somnolence : ces signes évoquent une complication grave (thrombose du sinus caverneux, méningite, abcès cérébral, névrite optique) et imposent une consultation en urgence, aux urgences hospitalières ou en appelant le 15.
Les causes et facteurs favorisants
La sinusite sphénoïdale résulte le plus souvent d'une infection remontée depuis les fosses nasales, à l'occasion d'un rhume ou d'une rhinopharyngite. Les micro-organismes en cause varient selon la forme :
- Forme aiguë bactérienne : Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Staphylococcus aureus, plus rarement anaérobies
- Forme chronique : souvent multi-microbienne, avec possibilité d'infections fongiques (Aspergillus notamment chez les patients immunodéprimés)
Plusieurs facteurs favorisent l'apparition ou l'aggravation d'une sinusite sphénoïdale :
- Rhinopharyngites virales à répétition
- Rhinite allergique chronique
- Polypes nasaux, déviation de la cloison nasale
- Tabagisme actif ou passif
- Pollution atmosphérique et exposition à des irritants
- Reflux gastro-œsophagien chronique
- Diabète mal équilibré, immunodépression
- Antécédents de chirurgie sinusienne
- Traitement antibiotique incomplet d'une sinusite antérieure
Le diagnostic
Le diagnostic est difficile car les symptômes ne sont pas spécifiques. L'examen ORL et l'imagerie sont indispensables.
L'examen clinique
Le médecin recherche une douleur à la palpation profonde derrière les yeux, un écoulement postérieur visible à l'examen de la gorge, un jetage postérieur, une obstruction nasale. Une endoscopie nasale réalisée par un ORL permet d'inspecter les cavités nasales, mais elle est souvent insuffisante pour explorer directement l'orifice du sinus sphénoïdal, situé très en arrière.
Le scanner des sinus — examen de référence
Le scanner (TDM) des sinus sans injection est l'examen de référence. Il visualise avec précision l'atteinte sinusienne, l'épaississement muqueux, un éventuel niveau liquide, la présence de polypes, une lésion osseuse ou un obstacle mécanique. Il précise également les rapports anatomiques avec les structures voisines (nerfs optiques, artères carotides), information essentielle en cas d'intervention chirurgicale.
L'IRM cérébrale
Elle est indiquée en cas de suspicion de complication (thrombose du sinus caverneux, atteinte du nerf optique, méningite, abcès cérébral) ou lorsque le contexte clinique est atypique.
Les autres examens
- Prélèvement bactériologique (rare, obtenu au bloc en cas de chirurgie ou de complication)
- NFS, CRP en cas de suspicion de forme grave
- Bilan allergologique en cas de sinusite chronique récidivante
- Consultation ophtalmologique en cas de suspicion d'atteinte visuelle
Les traitements
| Traitement | Indication | Durée moyenne |
|---|---|---|
| Antibiothérapie | Toute sinusite sphénoïdale confirmée | 10 à 21 jours |
| Corticoïdes systémiques | Composante inflammatoire, œdème muqueux marqué | 5 à 10 jours |
| Corticoïdes nasaux | Inflammation locale, forme chronique | Plusieurs semaines à mois |
| Lavages nasaux au sérum physiologique | Toutes les formes, en complément | Pendant toute la durée du traitement |
| Antalgiques | Contrôle des céphalées | Selon symptomatologie |
| Chirurgie endoscopique (méatotomie sphénoïdale) | Échec du traitement médical, formes compliquées, forme chronique | Intervention en une séance |
L'antibiothérapie
C'est la pierre angulaire du traitement. En raison de la difficulté d'accès du sinus sphénoïdal et du risque de complication, l'antibiothérapie doit être prolongée, souvent 14 à 21 jours, contrairement aux sinusites classiques (7 à 10 jours). Le choix repose sur des molécules à bonne diffusion sinusienne et couvrant les germes habituels :
- Amoxicilline-acide clavulanique en première intention
- Céphalosporines de 3e génération en cas d'allergie ou de forme sévère
- Fluoroquinolones (lévofloxacine, moxifloxacine) en seconde ligne
- Métronidazole ajouté en cas de suspicion de germes anaérobies
L'amélioration clinique est attendue en 48 à 72 heures. En l'absence de réponse, une réévaluation est indispensable pour rechercher une complication ou une résistance bactérienne.
Les corticoïdes
Ils sont fréquemment associés à l'antibiothérapie pour réduire l'inflammation et l'œdème muqueux qui bloquent le drainage naturel du sinus. Les corticoïdes systémiques (prednisolone, prednisone) sont prescrits sur une courte durée (5 à 10 jours). Les corticoïdes nasaux (mométasone, fluticasone) prolongent l'effet localement et sont utiles dans les formes chroniques.
Les lavages nasaux
Les lavages nasaux au sérum physiologique ou aux solutions hypertoniques, 2 à 4 fois par jour, aident à évacuer les sécrétions, à humidifier la muqueuse et à améliorer le drainage naturel des sinus. Ils sont sans effet secondaire et constituent une base incontournable du traitement.
Les antalgiques et mesures associées
- Paracétamol en première intention pour les céphalées
- AINS en cures courtes, avec prudence en cas de sinusite bactérienne
- Décongestionnants oraux ou nasaux sur avis médical, en cures très courtes (5 jours maximum)
- Repos, hydratation abondante, humidification de l'air ambiant
- Arrêt de l'exposition au tabac et aux irritants
La chirurgie endoscopique
La chirurgie est indiquée en cas de :
- Échec du traitement médical bien conduit
- Sinusite sphénoïdale chronique récidivante
- Complication (thrombose, névrite optique, abcès)
- Obstacle anatomique (polype, kyste, tumeur, corps étranger)
- Suspicion de sinusite fongique
La technique de référence est la méatotomie sphénoïdale endoscopique, réalisée par voie endonasale sous anesthésie générale. L'ORL introduit un endoscope par les narines, agrandit l'ostium naturel du sinus sphénoïdal pour permettre son drainage et retire les tissus pathologiques ou l'obstacle. La chirurgie est mini-invasive, sans cicatrice visible, avec une hospitalisation courte (24 à 48 heures dans la plupart des cas).
Les résultats sont bons dans la majorité des cas, avec disparition des symptômes en quelques semaines. Un suivi ORL rapproché permet d'éviter les récidives.
Les complications à connaître
La sinusite sphénoïdale non ou mal traitée peut évoluer vers des complications rares mais parfois gravissimes en raison de la proximité anatomique avec des structures nobles du crâne.
- Thrombose du sinus caverneux — obstruction inflammatoire d'une grosse veine à la base du crâne, urgence vitale se manifestant par céphalée intense, œdème péri-oculaire, exophtalmie, paralysie oculomotrice
- Névrite optique — inflammation ou compression du nerf optique, responsable d'une baisse brutale de la vision pouvant aller jusqu'à la cécité
- Méningite bactérienne
- Abcès cérébral, épidural ou sous-dural
- Ostéite ou ostéomyélite de la base du crâne
- Extension à d'autres sinus (pansinusite)
Ces complications sont exceptionnelles avec une prise en charge médicale adaptée, mais elles justifient une consultation médicale rapide au moindre doute, en particulier en cas de troubles visuels, neurologiques ou de fièvre élevée persistante.
Prévention et hygiène nasale
Aucune mesure ne supprime totalement le risque de sinusite sphénoïdale, mais plusieurs gestes réduisent la fréquence des épisodes et facilitent la guérison.
- Se laver les fosses nasales régulièrement au sérum physiologique, en particulier en période de rhume ou d'exposition à des irritants
- Se moucher doucement, une narine à la fois, pour éviter la remontée de sécrétions vers les sinus
- Traiter précocement tout rhume ou rhinopharyngite qui traîne
- Prendre en charge une rhinite allergique par antihistaminiques et corticoïdes nasaux sur avis médical
- Arrêter le tabac — facteur de risque majeur de sinusite chronique
- Éviter les environnements pollués ou très secs
- Bien s'hydrater et maintenir une humidité correcte dans les pièces de vie
- Contrôler un éventuel diabète ou un reflux gastro-œsophagien associé
- Respecter la durée complète des antibiothérapies prescrites, sans arrêt prématuré
Autres pathologies et ressources santé
La sinusite sphénoïdale fait partie des pathologies ORL de l'adulte. D'autres articles du blog Clikodoc abordent des thématiques ORL et des sujets santé variés.
- Les infections ORL touchent également le très jeune enfant, en particulier via l'oreille moyenne. Notre dossier sur les signes d'otite chez le bébé détaille la reconnaissance de l'otite chez le nourrisson, autre grande pathologie ORL. Bien qu'elle ne partage pas la localisation ni l'anatomie de la sinusite sphénoïdale, elle relève de la même spécialité médicale.
- Le blog propose aussi des ressources sur d'autres domaines de santé qui n'ont pas de rapport direct avec la sphère ORL mais peuvent intéresser les lecteurs pour eux-mêmes ou pour un proche — par exemple sur l'arthrose du genou et l'homéopathie ou sur l'opération de hernie discale, deux dossiers dédiés à l'appareil locomoteur.
Quand consulter et quel spécialiste
Une consultation est recommandée :
- Devant des céphalées profondes, persistantes, résistantes aux antalgiques usuels
- En cas de rhinorrhée postérieure prolongée avec obstruction nasale
- Si des symptômes de sinusite ne s'améliorent pas après 10 à 14 jours
- Devant une fièvre persistante associée à des maux de tête
- Chez toute personne à risque (diabétique, immunodéprimé, patient avec antécédents ORL)
En cas de troubles visuels brutaux, vision double, baisse de la vue, œdème péri-oculaire, raideur de la nuque, confusion, somnolence anormale ou céphalée en coup de tonnerre, il faut appeler le 15 ou se rendre aux urgences hospitalières sans attendre.
Le premier interlocuteur est le médecin généraliste, qui pose le diagnostic de suspicion et démarre l'antibiothérapie. En cas de forme atypique, de récidive, d'échec du traitement ou de suspicion de complication, un avis ORL est indispensable, souvent complété par un scanner des sinus.
Consulter un professionnel
Au moindre doute sur des symptômes évoquant une sinusite sphénoïdale, prendre rendez-vous avec un médecin généraliste ou un ORL permet d'obtenir un diagnostic précis et un traitement adapté avant tout risque de complication.
Prendre rendez-vousQuestions fréquentes
Combien de temps dure une sinusite sphénoïdale ?
Une sinusite sphénoïdale aiguë bien traitée guérit en 2 à 3 semaines avec une antibiothérapie prolongée, des corticoïdes et des lavages nasaux. Une forme chronique évolue sur plus de 12 semaines et peut nécessiter un traitement de fond et parfois une chirurgie. L'amélioration clinique doit être visible en 48 à 72 heures après le début du traitement.
Quel est le meilleur traitement pour une sinusite sphénoïdale ?
Le traitement de référence associe une antibiothérapie adaptée (amoxicilline-acide clavulanique en première intention) pendant 10 à 21 jours, des corticoïdes pour réduire l'inflammation, des lavages nasaux au sérum physiologique et des antalgiques. En cas d'échec ou de complication, une chirurgie endoscopique de drainage (méatotomie sphénoïdale) est proposée.
La sinusite sphénoïdale est-elle grave ?
Bien traitée, elle guérit sans séquelle dans la grande majorité des cas. Sa gravité potentielle vient de sa localisation au voisinage de structures anatomiques nobles (nerfs optiques, artères carotides, sinus caverneux, tronc cérébral). Les complications (thrombose du sinus caverneux, méningite, abcès cérébral, névrite optique) sont exceptionnelles mais peuvent engager le pronostic visuel ou vital.
Peut-on soigner une sinusite sphénoïdale sans antibiotiques ?
Non, dans la très grande majorité des cas. Contrairement aux sinusites virales bénignes, la sinusite sphénoïdale bactérienne relève systématiquement d'une antibiothérapie prolongée en raison de la difficulté d'accès du sinus et du risque de complication. Les mesures d'accompagnement (lavages nasaux, corticoïdes, antalgiques) complètent mais ne remplacent pas l'antibiothérapie.
La sinusite sphénoïdale est-elle contagieuse ?
La sinusite en elle-même n'est pas contagieuse. En revanche, le rhume ou la rhinopharyngite virale qui la précède souvent est très contagieuse. Les mesures d'hygiène classiques (lavage des mains, éviter les contacts rapprochés lors des épisodes viraux) limitent la transmission des virus à l'origine des sinusites.
Quand faut-il opérer une sinusite sphénoïdale ?
La chirurgie est indiquée en cas d'échec d'un traitement médical bien conduit, de sinusite chronique récidivante, de complication (thrombose du sinus caverneux, atteinte visuelle, abcès), d'obstacle mécanique (polype, tumeur, corps étranger) ou de suspicion d'infection fongique. La technique de référence est la méatotomie sphénoïdale endoscopique, mini-invasive et sans cicatrice visible.
Cet article d'information générale ne remplace pas une consultation médicale. En cas de céphalées intenses persistantes, de troubles visuels ou de fièvre élevée, consultez rapidement un professionnel de santé.