La spirométrie est l'examen de référence pour diagnostiquer et suivre l'asthme. Elle mesure les volumes pulmonaires et les débits d'air expirés, permettant d'objectiver une obstruction bronchique et sa réversibilité après inhalation d'un bronchodilatateur. Simple, indolore et rapide (15 à 30 minutes), elle repose sur des efforts d'inspiration et d'expiration forcés dans un embout relié à un capteur électronique. Deux paramètres principaux sont analysés : le VEMS (volume expiré maximal en 1 seconde) et la CVF (capacité vitale forcée), dont le rapport (indice de Tiffeneau) détermine s'il existe une obstruction. Un test aux bronchodilatateurs confirme l'asthme en cas de réversibilité significative. La spirométrie est indiquée dès qu'un asthme est suspecté, avant l'instauration d'un traitement, à chaque changement thérapeutique et pour le suivi régulier de la maladie.
Toux persistante, essoufflement à l'effort, respiration sifflante, oppression thoracique : ces symptômes évoquent souvent un asthme mais ne suffisent jamais à eux seuls à poser le diagnostic. La spirométrie est l'examen clé qui permet de confirmer la maladie, de mesurer sa sévérité et d'adapter le traitement. Ce guide passe en revue les principes de l'examen, les indications précises dans le cadre de l'asthme, le déroulement pratique et l'interprétation des résultats.
Qu'est-ce que la spirométrie
La spirométrie est un examen fonctionnel respiratoire qui mesure la quantité et la vitesse de l'air mobilisé par les poumons lors d'efforts respiratoires standardisés. Elle est réalisée dans un cabinet de pneumologie, un service hospitalier ou parfois chez certains généralistes formés, avec un appareil appelé spiromètre.
Trois paramètres principaux sont mesurés :
- VEMS (Volume Expiratoire Maximal en 1 Seconde) — quantité d'air expirée pendant la première seconde d'une expiration forcée
- CVF (Capacité Vitale Forcée) — quantité totale d'air expirée lors de l'expiration forcée
- Rapport VEMS/CVF ou indice de Tiffeneau — reflète la présence ou non d'une obstruction bronchique
La spirométrie peut être complétée par une épreuve de réversibilité : les paramètres sont mesurés avant puis 15 minutes après l'inhalation d'un bronchodilatateur d'action rapide (salbutamol). Une amélioration significative du VEMS après bronchodilatateur signe la réversibilité, très évocatrice d'un asthme.
Pourquoi la spirométrie dans l'asthme
L'asthme est défini par une obstruction bronchique variable et réversible. Cette variabilité est justement ce qui distingue l'asthme des autres maladies obstructives comme la BPCO, où l'obstruction est fixée et progressive.
La spirométrie permet de :
- Confirmer objectivement l'obstruction bronchique lorsque les symptômes sont évocateurs
- Mesurer la sévérité de cette obstruction
- Démontrer la réversibilité aux bronchodilatateurs, argument diagnostique majeur
- Suivre l'évolution de la fonction respiratoire au fil du temps
- Évaluer l'efficacité du traitement de fond
- Détecter une aggravation avant même l'apparition de nouveaux symptômes
- Différencier l'asthme d'autres pathologies (BPCO, fibrose pulmonaire, dyspnée fonctionnelle)
Selon les recommandations internationales GINA (Global Initiative for Asthma), aucun diagnostic d'asthme ne doit être posé sans confirmation objective de l'obstruction et de sa réversibilité — la spirométrie étant l'examen de première intention.
Quand faire une spirométrie
| Situation | Objectif de la spirométrie | Fréquence |
|---|---|---|
| Suspicion clinique d'asthme | Confirmer le diagnostic | Bilan initial |
| Asthme récemment diagnostiqué | Établir la sévérité initiale | Avant traitement de fond |
| Asthme stable | Surveillance de la fonction respiratoire | 1 fois par an minimum |
| Modification du traitement | Évaluer l'effet thérapeutique | 3 à 6 mois après le changement |
| Aggravation des symptômes | Détecter une baisse fonctionnelle | Selon besoin, sans attendre |
| Asthme sévère ou non contrôlé | Réévaluer la stratégie thérapeutique | Tous les 3 à 6 mois |
| Toux ou dyspnée chronique inexpliquée | Rechercher une pathologie sous-jacente | Bilan de première intention |
| Bilan avant intervention chirurgicale | Évaluer le risque respiratoire | Selon indication chirurgicale |
Un bilan complet est indispensable pour les patients présentant un asthme sévère ou difficile à contrôler. Notre dossier sur l'asthme sévère détaille les particularités de cette forme et la place de la spirométrie répétée dans son suivi.
Comment se déroule l'examen
La spirométrie est un examen simple et non invasif. Elle dure généralement 15 à 30 minutes.
Préparation
- Ne pas fumer dans l'heure qui précède
- Éviter les repas copieux dans les 2 heures précédentes
- Porter des vêtements amples n'entravant pas la respiration
- Arriver reposé, sans effort physique récent
- Signaler au médecin les traitements en cours — certains bronchodilatateurs doivent être arrêtés 4 à 24 heures avant l'examen selon le produit
Déroulement de la mesure
Le patient est assis, avec un pince-nez pour empêcher tout passage d'air par les narines. Il souffle dans un embout relié au spiromètre en suivant les consignes du technicien :
- Prendre une inspiration profonde jusqu'au maximum
- Souffler le plus fort et le plus vite possible dans l'embout
- Continuer à expirer jusqu'à ne plus pouvoir
- Reprendre son souffle et recommencer
Trois manœuvres au minimum sont réalisées pour obtenir des résultats reproductibles. La coopération du patient est essentielle : c'est le point le plus important pour la fiabilité de l'examen.
Test de réversibilité
Après les mesures initiales, on inhale 400 microgrammes de salbutamol (bronchodilatateur d'action rapide). Après 15 minutes de repos, la spirométrie est refaite. La comparaison des deux séries de mesures permet d'évaluer la réversibilité.
Interpréter les résultats
Les résultats sont exprimés en litres pour les volumes et en pourcentage des valeurs théoriques (attendues pour l'âge, le sexe et la taille du patient). Le tracé graphique (courbe débit-volume et courbe volume-temps) fait aussi partie de l'interprétation.
Le rapport VEMS/CVF
Il est le critère principal pour identifier une obstruction :
- VEMS/CVF ≥ 70 % — pas d'obstruction bronchique
- VEMS/CVF < 70 % — trouble ventilatoire obstructif
Dans l'asthme, on retrouve typiquement un rapport VEMS/CVF diminué avec un VEMS abaissé, réversible après bronchodilatateur.
La réversibilité aux bronchodilatateurs
Une réversibilité significative est définie par une amélioration du VEMS de :
- Au moins 12 % par rapport à la valeur de base
- ET au moins 200 mL en valeur absolue
Une réversibilité significative associée à des symptômes évocateurs confirme le diagnostic d'asthme dans la très grande majorité des cas.
Sévérité de l'obstruction
La sévérité s'apprécie sur la valeur du VEMS post-bronchodilatateur :
- VEMS ≥ 80 % de la valeur théorique — asthme léger
- VEMS entre 60 et 79 % — asthme modéré
- VEMS entre 40 et 59 % — asthme sévère
- VEMS < 40 % — asthme très sévère
Cas particuliers
Une spirométrie normale n'exclut pas totalement un asthme, en particulier si elle est réalisée à distance d'un épisode symptomatique. Dans ce cas, un test de provocation bronchique à la méthacholine ou à l'effort peut être proposé pour rechercher une hyperréactivité bronchique.
Spirométrie et autres maladies respiratoires
La spirométrie n'est pas réservée à l'asthme. Elle est utilisée pour explorer de nombreuses pathologies respiratoires et distingue trois grands profils fonctionnels :
- Trouble obstructif — VEMS/CVF < 70 %, retrouvé dans l'asthme (réversible) et la BPCO (peu ou pas réversible)
- Trouble restrictif — capacité pulmonaire totale diminuée avec VEMS/CVF conservé, caractéristique des fibroses pulmonaires et de certaines maladies neuromusculaires
- Trouble mixte — association obstruction et restriction
Les causes de fibrose pulmonaire et leurs explications médicales illustrent ce profil restrictif, où la spirométrie est également essentielle au diagnostic et au suivi.
C'est cette capacité à différencier les mécanismes de la dyspnée qui fait de la spirométrie un outil incontournable en pneumologie moderne.
Le suivi de l'asthme grâce à la spirométrie
L'asthme est une maladie chronique dont le contrôle et la sévérité peuvent évoluer avec le temps. Le suivi spirométrique permet de :
- Vérifier l'efficacité du traitement de fond (corticostéroïdes inhalés, associations)
- Détecter précocement une aggravation avant l'apparition de symptômes gênants
- Documenter un contrôle satisfaisant, permettant parfois un allégement du traitement (« step-down »)
- Identifier les patients à risque d'exacerbations sévères
- Adapter le traitement selon l'évolution
Chez l'asthmatique stable, une spirométrie annuelle est recommandée. En cas d'asthme non contrôlé, sévère ou fréquemment exacerbé, la fréquence doit être augmentée. Un débitmètre de pointe (peak flow) à domicile complète utilement le suivi entre les spirométries.
Précautions et contre-indications
La spirométrie est un examen sûr, mais quelques précautions doivent être respectées.
La spirométrie doit être reportée en cas de : infarctus du myocarde récent (moins d'un mois), accident vasculaire cérébral récent, chirurgie thoracique, abdominale ou oculaire dans les 4 semaines précédentes, hypertension artérielle sévère non contrôlée, anévrisme thoracique ou abdominal connu, hémoptysie récente. Une infection respiratoire aiguë peut aussi fausser l'examen : mieux vaut attendre 2 à 3 semaines après une bronchite ou une pneumonie.
Chez la femme enceinte, la spirométrie reste possible mais doit être réalisée avec précaution en fin de grossesse en raison de l'inconfort respiratoire habituel. Chez l'enfant, une spirométrie fiable est en général possible à partir de 5 à 6 ans, en fonction de la coopération.
Quand consulter
Une consultation est recommandée dans les situations suivantes :
- Toux nocturne récurrente
- Essoufflement à l'effort inhabituel
- Respiration sifflante (« wheezing »)
- Sensation d'oppression thoracique
- Crises de dyspnée déclenchées par un effort, un allergène, un rire, un stress
- Asthme connu mais mal contrôlé, avec exacerbations fréquentes
- Aggravation nette des symptômes malgré le traitement de fond
- Bilan avant intervention chirurgicale majeure
Le parcours commence en général par le médecin généraliste, qui pose l'indication et oriente vers un pneumologue ou un laboratoire d'explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) pour la spirométrie. Le pneumologue interprète les résultats et adapte le traitement.
Prendre rendez-vous pour un bilan
Pour les patients résidant en Martinique, consulter un généraliste en Martinique permet d'évaluer les symptômes respiratoires et d'obtenir la prescription d'une spirométrie ou d'une orientation vers un pneumologue si nécessaire.
Prendre rendez-vousEnfin, plusieurs études récentes ont mis en évidence des liens entre santé buccale et pathologies chroniques. Notre dossier sur les liens entre parodontite et cancer illustre ce champ de recherche, sans rapport direct avec l'asthme mais qui rappelle l'importance d'une prise en charge globale de la santé.
Questions fréquentes
Quand doit-on faire une spirométrie en cas d'asthme ?
Une spirométrie est indiquée dès la première suspicion d'asthme pour confirmer le diagnostic. Elle est ensuite renouvelée avant l'instauration du traitement de fond, 3 à 6 mois après tout changement thérapeutique, puis au moins une fois par an chez l'asthmatique stable. En cas d'aggravation, elle doit être refaite sans attendre.
La spirométrie est-elle douloureuse ?
Non, l'examen est totalement indolore. Il demande simplement de la coopération et un effort respiratoire intense pendant quelques secondes. Certains patients peuvent ressentir un léger vertige ou une fatigue transitoire après les manœuvres forcées, mais tout se dissipe en quelques minutes.
Comment se préparer à une spirométrie ?
Ne pas fumer dans l'heure qui précède, éviter un repas copieux dans les 2 heures avant, arriver reposé et porter des vêtements amples. Certains bronchodilatateurs doivent être arrêtés temporairement selon les consignes du médecin : 4 heures pour les bronchodilatateurs d'action rapide, 12 à 24 heures pour les bronchodilatateurs de longue durée d'action.
Peut-on avoir un asthme avec une spirométrie normale ?
Oui, cela arrive, en particulier quand l'examen est fait à distance d'un épisode symptomatique. Dans ce cas, un test de provocation bronchique à la méthacholine ou un test à l'effort peut être réalisé pour rechercher une hyperréactivité bronchique caractéristique de l'asthme.
Quels sont les résultats normaux d'une spirométrie ?
Une spirométrie normale se caractérise par un VEMS et une CVF supérieurs à 80 % des valeurs théoriques et un rapport VEMS/CVF supérieur ou égal à 70 %. Un rapport VEMS/CVF inférieur à 70 % évoque un trouble obstructif, dont la réversibilité au bronchodilatateur oriente vers un asthme.
La spirométrie est-elle remboursée ?
Oui, la spirométrie est prise en charge par l'Assurance Maladie sur prescription médicale, quel que soit le contexte (bilan diagnostique, suivi d'une maladie chronique, bilan pré-opératoire). Le remboursement dépend du parcours de soins et du type d'établissement où l'examen est réalisé.
Cet article d'information générale ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes respiratoires persistants ou d'aggravation de votre asthme, consultez rapidement un professionnel de santé.